Son esprit titubait tout autant que ses jambes. Il s’amusait de tous les « costards-cravates » qu’il croisait, s’imaginant leurs vies de merde d’hommes encastrés dans une logique d’élite sociale. Il se comparait à eux, préférant sa débauche et ses récurrentes amnésies nocturnes aux pavillons de banlieue et home cinéma dernier cri. Cette ville dans laquelle il vivait depuis deux ans, il l’aimait surtout quand elle se renouvelait à chaque verre de bourbon qu’il buvait. Malheureusement cette époque était finie : la crise sociale et son récent licenciement ne lui permettait plus que d’acheter de la piquette discount à Lidl. Serveur dans ce PMU minable lui allait plutôt, se disait-il. Bercé par les cris joyeux des gagnants du Rapido, envouté par les encouragements stériles des spectateurs du Quinté, ses journées étaient rythmées par tout un réseau de bruits propres aux bars infects de province. Poc ! Slurp ! Blouk ! Il se reprit un petit coup de sa « boisson énergisante ».

Une petite vieille interrompit son plaisir viticole : « C’est honteux de voir la jeunesse se détruire dès dix heures le matin ! ». Dan n’en croyait pas ses yeux : cette vieille pute s’était permise de le juger. Il posa délicatement sa « statuette » à moitié pleine sur le sol, fixant la silhouette de la bossue ridée qui s’éloignait. Il se mit alors à courir vers elle. Durant sa course, il se rappela la victoire de Marie José Perrec aux JO d’Atlanta en 1996 et se prit même à se mettre à place franchissant la ligne d’arriv…. BAM ! Il venait de s’écrasait sur la vieille qui hurlait de douleur. Pendant sa courte chute, la jupe affolée de la vieille avait permis d’entrapercevoir une jambe gauche en plastique de récente amputée. Elle frappait Dan au crâne avec sa canne en cerisier. Il commençait à reprendre ses esprits sous l’afflux des coups répétés. Il se hissa et vit du sang dégoulinait de son arcade gauche. Il se retourna aussi sec et vu la même teinte rougeâtre sur la canne de la vieille, en déduit ce qu’il fallait en déduire, et se jeta sauvagement sur ce vieux corps allongé. La traitant de sale pute, il lui arracha sa patte folle et la lui fracassa sur ses seins douloureux. La vieille hurlait, ses larmes dénonçant la souffrance qu’elle vivait. Dan, lui, se prenait à rire de la situation. Il entreprit même un combat de sabres lasers entre la fausse jambe et la canne que la vieille continuait d’agiter pour se protéger le visage. « Je suis ton Père…. » s’amusa Dan en lui crachant à la gueule. Et d’un geste digne d’Obi Wan Kenobi il acheva la vieille d’un coup à la tempe. Il s’accroupit à côté d’elle, la regarda avec malice, heureux de ce bout de hachis qui gisait sur le bitume. « Une vieille pute de moins ! » s’écria t-il. Dan reprit alors sa route, n’oubliant pas son blanc au passage. Il déambulait l’esprit léger, fier que sa vie puisse prendre un nouvel élan avec l’arrivée de ce premier meurtre purificateur.

Il n'avait pas eu le temps de savourer cette récente adréaline intérieure que déjà un couple le bouscula légèrement. Dan les détestait : tout cet amas de chair se réunifiant en un seul et même édifice dégueulasse. Les couples le dégoutaient. Il attribuait cette rancoeur au fait que Maya l'avait largué parce qu'il l'avait forcé à avaler son sperme en public. Maya il l'avait aimé, il la désirait toujours autant. "Vous pourriez pas faire attention où vous marchez connard!" rugit le mâle du couple aigri par cette bousculade d'apparence inoffesive. Dan sortit brusquement de ses songes, le visage de Maya s'étant effacé. Il regarda le couple, les jugea d'un haut en bas oculaire. C'était de cette classe sociale aisée, bien dans leur boulot mais mal dans leur vie. Lui, était du genre à préférer les pornos plutôt que les seins de sa femme. Elle, caractérisait les femmes qui ne comprenaient pas le féminisme et aimait à se tenir derrière le portefeuille de son mari. Après ce coup d'oeil furtif, Dan bondit sur le jeune cadre et l'assoma avec sa bouteille de blanc. La femme criait, tétanisée par le fou qui se tenait devant elle. Dan profita de sa paralysie pour lui sauter dessus. Il lui déchira son tailleur, arracha son string, la renversa et la viola gouluement, s'agrippant à ses hanches anorexiques. Dan prenait son pied. La femme prenait son sperme. Ses larmes se confondirent avec l'épais foutre qui dégoulinait sur son visage. Et Dan, voyant ce tableau magnifique, se prit à croire qu'il manquait un peu de couleur et se mit alors à lui gerber dessus. Satisfait de son oeuvre, il retira sa bite, se releva, puis ressortit sa bite, pissa sur la femme, et la rerentra. Braquette fermée, il reprit sa route, laissant derrière lui deux corps, fatigués, blessés, allongés.

Envouté par ses talents d'artiste, Dan marchait paisiblement dans ces rues qui lui semblaient étrangement désertes. Ce sentiment de solitude dans cette fourmilière urbaine le mit mal à l'aise. Délirant, il crut à une possible fin du monde, à une apocalypse soudaine. Bourré au blanc, il n'apercevait plus personne, il était seul. Ses sens se mirent en grève, las de tout cet alcool destructeur qu'ingurgitait régulièrement le jeune Dan. Suffoquant, ne ressentant plus rien, il s'assit à un arrêt de bus, épuisé après les 15m qu'il venait de parcourir. Il souffla. Il repensa à cette vieille pute qu'il avait achevée, et au couple décimé encore agonisant. Il les trouvait magnifiques dans leurs souffrances partagées, mais tellement laids individuellement. " L'être humain, pensait-il, est de cette race à assembler comme des légos." Dan aurait bien voulu piquer les bras musclés de son pote Romain, s'accaparer les cheveux blonds de son amie Sue. Le sourire de Maya, il lui aurait bien arraché pour se le greffer. Toute sa vie, Dan avait aperçu des membres parfaits, des organes étincelants qu'il aurait voulu dérober afin de devenir l'apollon qu'il méritait d'être. Las de ces monstres de chair blanche qu'il croisait quotidiennement, une idée qui lui paraissait saugrenue au départ, devenait à cet instant, une nécessité d'ordre vitale...

Ploc! Slurp! Blouk! Une gorgée de courage. Il se leva, revint sur ses pas, et arriva à hauteur du couple qui reprenait tout juste ses esprits. L'homme à terre, se leva, arma son poing, le dirigea avec haine vers le visage boutonneux de Dan. Ce dernier se protégea avec sa bouteille, qui explosa sous la violence du "dragon punch" de son rival. Dan n'en croyait pas ses yeux : il avait osé, lui cet espèce de connard minable roulant en 4x4, il avait osé lui défoncer son reste de blanc ! S'en fut trop pour Dan. Il éclata. Se rendant compte que le temps pressait pour réaliser son oeuvre ultime, il saisit un des deux bouts de la bouteille, et l'encastra sans réfléchir dans les yeux noirs du quadragénaire. Déchainé, Dan planta, retira, replanta le bout de verre ensanglanté. Le visage de l'homme ressemblait de plus en plus à un plat de saucisse-lentilles. Agonisant, l'homme tomba langoureusement, presqu'en rythme avec les petits cris porcins que poussait son épouse effrayée. Dan fit cesser ce brouhaha de basse-cour en égorgeant la "cantatrice" avec le verre alentour. Il se releva du corps féminin mort, se rebaissa, sortit sa bite, et posa délicatement une goutte de sperme qui lui restait sur la bouche violette de son ancienne complice de baise.

Fier de la réussite de ce préambule, il rebroussa chemin vers sa première victime. Arrivé à destination, il fut surprit par le sourire paisible qu'arborait la vieille pute morte. Vierge de tout remord, il agrippa la jambe restante de la vieille, et traina le cadavre ridé. Il s'amusait à courir avec ce poids, slalomant entre poubelles, poteaux, lampadaires et autres pancartes publicitaires. Finalement, il déposa la vieille à côté des deux récentes victimes. Dan s'assit devant ce triangle de viande et entra dans une sorte de méditation vaudoue, pervetissant alors ses acquis du cateschisme. Après de longues minutes, Dan se releva d'une traite, droit (son allure dénonçait sa volonté sans faille), il inspira profondément, puis expira tout l'air qu'il avait emmagasiné. Soudain ses membres tremblèrent, sa tête voyageait de gauche à droite. Dan ne controlait plus ses membres. Ses cuisses vibraient. Tout semblait annoncer l'orage...

Dan se projeta au sol, s'empara du corps de la vieille, lui déchira le visage avec le tesson de bouteille. Il prit l'autre femme, lui coupa la tête puis décapita celle de son mari. Dan hurlait de joie, l'euphorie était grandissante, il n'avait jamais ressenti cela. Le sang encore tiède giclait, les odeurs chaudes des corps s'élevaient. Le tesson de bouteille allait et venait. "C'est encore mieux que Massacre à la tronçonneuse", s'enthousiasmait Dan. C'était le carnage, le vaccarme des ruptures de ligaments, l'explosion visqueuse des organes sectionnés. Puis, tout à coup, plus rien.

Dan ne bougeait plus, épuisé. Devant lui, son oeuvre : un corps de femme avec la tête d'un homme aux petites rides malicieuses. Un bras de femme répondait à celui d'un homme, la jambe gauche virile répodait à la patte folle de la vieille. Sur le pubis de la femme, Dan avait délicatement posé les testicules et la bite de son mari. Voilà, il l'avait créé. C'était son être parfait, sa créature biblique. Sa vie venait d'atteindre un accomplissement encore jamais égalé, il était Dieu, Noé, Moïse et Mahommet à la fois. Il contemplait émerveillé son oeuvre, son enfant. Ce corps reconstruit l'excitait, il bandait. Dan sortit sa bite, se la caressa avant de l'empoigner violemment. Il se branla, décalotant son gland comme jamais. Son plaisir était intense, une extase de sainte. Il venait de créer sa genèse moderne et allait assouvir sa libido débordante. Tout était parfait, rien ne manquait, rien, ...rien ne manquait sauf de l'alcool. Dan désaoulait rapidement, les 11° du blanc ne faisait plus beaucoup d'effet. Son esprit se réveilla doucement, sa main toujours agrippait à sa queue toujours bandante. Sa vue brouillée s'éclaircit, ses oreilles commencèrent à réentendre. Tout redevenait réel...

Il vit alors qu'il n'était pas seul comme son esprit semblait le lui faire croire depuis son réveil. Il faisait face à une foule de badauds hurlant, gerbant, pleurant, choquée par la boucherie à laquelle ils avaient assistée. Dan tourna la tête et vit des barrières jaunes derrière lesquelles étaient plantées trois équipes policières. dix fourgons encerclaient Dan. Ce dernier était toujours seul, seul avec lui-même mais désormais devant une centaine de curieux prêt à en découdre avec lui. Dan se branlait toujours, les flics lui ordonnèrent de lever les mains. Dos aux keufs, ses derniers pensaient que Dan détenait une arme dans ses mains... Surpris du spectacle alentour, Dan se disait que ce blanc n'était finalement pas si mauvais. Dan se masturbait toujours, les flics s'égosillaient toujours. Un ultimatum fut lancé, au bout duquel il le tuerait sur place s'il dégnait lever les mains. Mais c'était trop bon pour Dan, sa plus belle queue depuis si longtemps. Devant l'oeuvre d'une vie, il voulait aller jusqu'au bout de sa branlette. Plus rien n'avait de sens pour lui. Il kiffait tout simplement le moment. La pression montait, les flics étaient à bout, Dan était au sommet du nirvana. Soudain, les balles sifflèrent, Dan virevolta sous les impact. Allongé, son corps restait inerte, sans vie. Seul son sexe semblait encore battre la chamade. Il éjacula comme un dernier souffle, heureux d'avoir créé sa propre genèse.