Il est bien sur convenu que le fond du travail de Newman a été de savoir joué avec lieu et les éléments du décor pour qu'ils complètent de manière picturale ou intellectuelle le portrait. Grâce à l'imagerie qui entoure ces personnalités on comprend dans quels milieux ils évoluent et parfois même, quels sont les motifs ou représentations qui les habitent (voir le portrait de O’Keeffe plus bas, qui l'a représente avec le crane de boeuf qui reviens dans ses peintures assez souvent).
Pour la suite nous allons voir les tics qui reviennent souvent et servent en même temps le style novateur d'Arnold Newman.



I.M. Pei, 1967

Less is more

Autant pour dynamiser la composition que pour faire parler le décor, Newman n'a pas peur de laisser le sujet de ses photos dans un coin de l'image.



Frank Stella, 1967





Igor Stravinsky, 1947

"MUST CROP OUT"

C'est le leitmotiv de Newman, on peut voir cette phrase écrit en gros par dessus les miniatures des ses planches contacts sur lesquelles se penchent les jeunes étudiantes venues faire la visite en même temps que moi. Les supports préparatoires présents dans la première pièce de l'expo avec les œuvres dites finies qui vont avec me plonge directement dans la tête du photographe.
Jamais sur de son cadrage ou alors considérant ce boulot comme de la postprod, il annote méticuleusement ses images de cadres tirés à la règle et de croix.
Sur le portrait de Stravinsky le recadrage permet à des formes simples et puissantes de ressortir, je n'arrive à savoir s'il pense à son cadrage final lors ce qu'il prend la photo mais il laisse en tout cas la possibilité de restructurer sa photo au développement définitif.


Pablo Picasso, Vallauris, France, 1954

Cette pratique de l'extrême recadrage ( voir aussi Two men two ladders against wall, 1939, bien que je n'arrive pas à trouver la photo non recadrée sur le net on peux la voire au C/O Berlin ) viens peut être du matériel qu'il utilise. Dans ce que j'ai pu trouver il se sert beaucoup de grandes chambres difficiles à mettre en place, alors une fois la lumière, la pose et un cadrage toujours un peu large mis en place il est difficile de bouger le pied et les kilos de matos.
Sur ce portrait de Picasso il retire près de 65% de l'image et l'incline fortement. Il est prêt à tout pour que sa photo marque les esprits et ça marche puisque la plupart de ses portraits sont de vrais icônes indémodables.



Georgia O’Keeffe, Nouveau Mexique, 1968

Créer du contraste

En gros, le mec il se dit "j'ai qu'à lui foutre un truc blanc derrière le crane" et le mieux c'est qu'il arrive à donner un sens à cette astuce qui sert techniquement la photo en ajoutant du contraste qui découpe le profil pour le mettre en valeur et donne aussi plus de luminosité à la photo :



Pour les peintres ce seras souvent une toile vierge ou pas encore totalement recouverte comme pour ce portrait de Milton Avery de 1961 (ci dessus). Voici aussi quelques autres exemples vus au C/O BERLIN, le nom cache la bio et la date, la photo: Brassaï (1976), Franz Kline (1960), Harold Evans (1978) ou encore Meyer Berger pour qui il met des immeubles (new yorkais pour ce jounaliste du NY Times) au lieu d'une feuille de papier ou d'une partition.


Aaron Copland, 1959


Avec Frank Loyd Wright (1947) par exemple, il se sert d'un plan pour montrer le métier ainsi que l'imaginaire de l'architecte .



Et avec ce portrait de Dubuffet en 1956 à Vence il fait l'inverse en laissant un fond noir seulement autour du profil. Ce portrait dégage une grande force et Newman montre comme il sait jouer de ses codes.



Pour finir, un petit mot aussi sur l'expo présentée au second
sur une série de Bruce Davidon : Subway.



Un travail commencé en 1980 par le photographe. C'est de la street photo à mort, j'avais découvert ces photos il y a peu alors qu'un livre est sortit en 86. Au début les quelques images que j'avais vues avait plus qu'atticher ma curiosité et j'ai été un peu déçus devant la cinquantaine de photos présentées. Les impressions sont trop grandes alors qu'elles sont presque dégelasses. Ce sont des photos pleines de grain, un peu flou, avec un flash mal orienté ou mal éclairées malgré l'utilisation de péloches à hautes sensibilités (d'où le grain).
Et c'est vrai qu'après les photos de Newman toutes léchées au poil de cul prise avec pléthore de lumière, la longue série de Davidson parait fade malgré les couleurs saturées.










Il y a trop de photos qui n'ont pas grand chose à dire, il y en a que trois ou quatre qui sortent du lot, un peu plus violentes comme le mec qui sort son flingue et cette autres où des enfants regardent une fête foraine par la fenêtre.
C'est con en plus petit ces photos vendaient du rêve. Le photographe (qui a bossé pour Magnum) a tout de même capturé toutes une époque avec cette série et un sacré mélange de beauté et de crasse.




Sources: